Les mains croisées derrière le dos, il marche à pas comptés sous la véranda de la grande case et s’interroge sur l’attitude nouvelle qu’il est avantageux d’adopter en ces temps nouveaux. L’hésitation n’est pas permise : il convient de sourire comme souriaient les martyrs dans l’arène ; et la face de Pietro s’embellit d’un sourire hargneux de bouledogue.
Hiên rabâche machinalement :
— Nút áo : bouton… Nút áo : bouton…
Que fait donc l’Aïeul ? Aurait-il oublié sa promesse ? Sa cigarette s’éteint ; il la jette et en allume une autre ; le sous-lieutenant entame une deuxième histoire et les voici tous deux qui rient aux larmes.
Nút áo ! nút áo !… Quel mot français correspond à nút áo ?…
Le malheureux Hiên, absorbé par son rêve matrimonial, a tout à fait perdu de vue l’équivalent de ce mot important ; pour comble de malchance, ses compagnons viennent justement de passer à l’étude d’un mot nouveau, et pas un seul ne serait capable de renseigner Hiên sur la traduction française de nút áo, car ils l’ont tous parfaitement oubliée. Et le sergent Cang tempête :
— Comment traduis-tu nút áo ? Réponds, animal ! Ah !… tu as oublié !… Voilà dix jours que je te le répète, triple et quadruple imbécile !
Ainsi le professeur objurgue en termes véhéments l’élève infortuné qui aspire, en cet instant même, à l’honneur de l’appeler beau-père. Mais l’Aïeul s’approche, met une main sur l’épaule du sergent et lui dit :
— Viens avec moi dans ta case. J’ai à te parler.
Ils s’en vont, l’Aïeul sifflotant, Cang tendant le jarret, la conscience troublée, car il ne doute point que son discours véhément ne lui soit reproché, et le brave homme, tourmentant sa barbiche blanche, fait le dénombrement de ses peccadilles récentes.