— Pourquoi, Père Siméon, désignez-vous les Annamites, qui sont des bouddhistes, du terme méprisant de païens ?… Et moi aussi, je suis un païen !

— Des païens comme vous valent mieux que bien des catholiques.

Ou bien l’Aïeul, installé sous la véranda de la case, considérait la misérable église de torchis et prenait à partie joyeusement son vieil ami :

— Comment se fait-il, Père Siméon, que vous vous prélassiez dans une maison de pierres, de briques et de tuiles, alors que le bon Dieu grelotte sous un toit de paille ?

— Mon cher ami, les donateurs généreux qui m’ont logé dans ce palais ne m’ont point consulté, et, quant à l’église, c’est moi qui l’ai construite et les fonds n’abondaient guère… Du reste, je vous répondrai que le bon Dieu est accommodant : il voit mes intentions et se contente de la paille.

— Peut-être même trouve-t-il les choses bien arrangées de la sorte, estimant que son ministre est mieux à sa place sous le toit de tuiles que lui-même, qui n’est point sujet aux rhumatismes et ne redoute ni les fourmis ni les scorpions.

— Taisez-vous, blasphémateur !…

En ces débats, leur amitié ne faisait que se consolider sans cesse, et le P. Siméon, que trente années d’exil auraient dû endurcir, ne prévoyait pas sans un véritable chagrin qu’un jour viendrait où cet aimable et franc compagnon le quitterait.

Pendant que Hiên le Maboul, manœuvrant la corde du panka, examinait avec une curiosité infatigable le bonze chrétien, celui-ci exposait à l’Aïeul une requête : il existait, croyait-il, au camp, une splendide collection de lanternes de papier peint fabriquées jadis par les tirailleurs, lors d’un concours : ne serait-il pas possible de prêter ces lanternes au missionnaire, qui les emploierait à illuminer son église pendant la messe de minuit ?

— Mais, Père Siméon, songez que ces lanternes sont l’œuvre de mains païennes !