— Je l’aime toujours.

— Autant qu’au premier jour ?

— Davantage, Aïeul à deux galons !

— Sens-tu qu’il te serait impossible de renoncer à elle ?

— Comment pourrais-je l’oublier ? Je ne puis passer un seul jour sans l’avoir vue ; il faut que je la voie, que je l’entende parler. Elle est dans mes yeux, dans mes oreilles, dans mon cœur, dans toute ma chair : comment pourrais-je l’arracher de moi ?

— Tu l’aimes à ce point ?

— Au point que tout ce qui me vient d’elle me semble doux, que, faute d’obtenir son sourire, je mendie ses rebuffades. Je suis comme le chien qui sait qu’il va recevoir un coup de trique, mais qui rampe tout de même vers son maître pour lui lécher les mains.

— Je connais ton mal ; j’en ai souffert autrefois. J’ai guéri. Tu peux guérir encore.

— Quel est le remède, Aïeul ?

— Renonce à Maÿ. Elle n’est pas faite pour toi. Tu es simple, elle est compliquée ; tu es franc et honnête, elle est perverse et fausse. Tu es pauvre ; elle raffole des bijoux, des belles tuniques, des piastres neuves, toutes choses que tu ne pourras lui donner… Il te restait une chance de bonheur : elle admirait ta force. Elle a perdu la tête, un instant, en ton honneur : tu as été assez niais pour te dérober… Elle ne te pardonnera pas de l’avoir respectée ; tu as perdu à ses yeux ton prestige de solide gaillard pour n’être plus définitivement qu’un nigaud maladroit. Tu as passé à côté du bonheur, ne t’acharne pas à courir après. Il y a d’autres filles que Maÿ.