— C’est bien ! ne criez pas si fort !… Je le félicite donc, et devant vous tous, je proclame qu’il est un bon soldat.
Les tirailleurs se dispersèrent, commentant l’heureuse chance de leur camarade et jacassant comme un vol de perruches. Et l’Aïeul, resté seul avec Hiên, vit les prunelles de son serviteur se ternir et ses mains danser, signe d’émotion grave. Il prévint le déluge imminent.
— Va chercher une paire de rames, dit-il, nous allons faire une promenade dans la baie pour noyer ton attendrissement.
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Entre les coques blanches et effilées des baleinières, le petit canot vert pomme s’insinua. Hiên ramait et l’Aïeul tenait la barre. Ils contournèrent l’appontement, évitèrent un lourd ponton ancré dans le sable et gagnèrent le large. Ils longèrent les jonques assemblées au milieu de la baie ; les pêcheurs assis en rond sur les roufs couleur de rouille leur souhaitèrent en riant une heureuse traversée ; ils passèrent… La houle les prit et les balança sans violence.
L’Aïeul demanda subitement :
— Aimes-tu toujours Maÿ, petit frère ?
Hiên faillit, ainsi interpellé, lâcher ses rames pour assurer son turban et bredouilla confusément :
— Si j’aime Maÿ ?… si j’aime Maÿ ?…
— Ne te trouble pas : je ne me moque pas. Réponds à ma question : aimes-tu toujours Maÿ ?