— Bizarre !… Et le fougueux Barka est dans son box !
— Qui est-ce donc qui va commander la compagnie ?
— Hein ! mon vieux ! si le lieutenant était revenu sans crier gare !…
— Va donc ! va donc ! ne te berce pas de cette illusion, mon bon Provençal !
— En tout cas, le citoyen Pietro porte l’oreille basse. Il était presque aimable tout à l’heure pendant le rassemblement. Il y a sûrement du nouveau qui se prépare. Psst ! Cang ! Tu n’as pas entendu parler du retour de l’Aïeul, par hasard ?
Cang secoue la tête d’un air dubitatif :
— Le bruit court que l’Aïeul est revenu ; mais personne n’en sait rien au juste. On avait annoncé son retour tant de fois déjà que personne n’y croit plus. J’ai questionné Hiên le Maboul : il ne sait rien ; il est à moitié fou et tout à fait abruti. Depuis deux jours il a cessé de rôder autour de la maison du lieutenant : il est découragé. Bèp-Thoï n’a pas paru dans le village hier soir.
— Dis donc, le sergent-major est peut-être renseigné : faufile-toi jusqu’à la chambre de détail. L’adjudant tourne le dos, justement : tu ne risques rien. Donne-moi ton mousqueton.
Le fourrier trotta ; les franges jaunes des épaulettes de laine dansaient sur le dolman blanc ; il s’insinua entre les stores verts que décoraient des monstres garance, zébrés par les averses. La basse puissante du sergent-major émit des paroles inintelligibles, puis le casque démesuré du messager écarta les rideaux de rotins.
— Le chef m’a envoyé promener. Il dit qu’on se moque de lui, qu’on lui a déjà monté ce bateau-là quatre ou cinq fois, et que ça ne prend plus.