— Assez, assez! insistait Claire. On pourrait nous entendre…
— Baste! reprenait Bernard, tu sais bien que maman est dure d'oreille, et quant à Gilbert, s'il entend, et bien, que veux-tu que ça lui fasse? Il en a entendu d'autres, notre cher abbé! Allons! parce qu'il porte une robe au lieu d'un veston et qu'on lui a rasé le sommet du crâne, faudrait-il pas se gêner avec notre petit Gil? Avec ça qu'il ne sait pas ce que parler veut dire. Tiens pas plus tard qu'il y a un mois, le soir de ma colle, au Pré Catelan, on m'a montré son ancien béguin, Rose Fonarme, les plus belles épaules de Toulouse. Il allait bien, avant sa conversion, Monsieur l'abbé!
— Tais-toi, je te prie, laisse l'abbé Gilbert tranquille! ordonnait Claire. Adrien et toi, vous n'êtes seulement pas capables de le comprendre. C'est très bien, ce qu'il a fait, oui, très bien, de s'être retourné comme ça tout d'un coup, de s'être donné à Dieu. Ne blague pas. C'est plus intelligent, avoue-le, que de s'abrutir au café, ou d'aller prendre sa culotte au cercle, comme le dit élégamment ce brave Adrien…
Bernard avouait ; mais il ne voulait pas que sa sœur dît du mal de son fiancé.
— C'est un chic type, affirmait-il ; il s'habille comme un ange, ses cravates sont un rêve. Et comme il se tient bien à cheval!…
— Ajoute, souriait Claire, qu'il a la poche bien garnie et que son futur beau-frère puise à volonté dans sa poche ; n'est-il pas vrai, mon petit Bernard?
— Si tu n'as pas confiance dans mon jugement, demande à l'abbé Resongle, répondait modestement Bernard…
Et Claire :
— Oh! l'abbé! Il suffit qu'Adrien ait promis une statue de la Sainte-Vierge à la fabrique, pour qu'il lui trouve toute espèce de mérites. Vous vous entendez tous pour m'obliger à le prendre.
Claire se taisait, un pli au front, soucieuse ; puis, haussant légèrement les épaules :