— Celui-là ou un autre, qu'importe d'ailleurs? soupirait-elle, puisque je n'aurais jamais l'occasion de choisir. Que je prenne mon mari des mains de l'abbé Bouzigues ou de l'abbé Resongle…? Puis après un nouveau silence : C'est égal, concluait-elle, je n'ai pas encore dit mon dernier mot.

— En effet, tu as la ressource de rester vieille fille, plaisantait Bernard, sœur gâteau, tante à héritage. Voilà un bel avenir…

Pendant que ces étranges confidences se murmuraient entre le frère et la sœur, Mme Mériel achevait d'expliquer à Gilbert la brouille récemment survenue entre l'abbé Bouzigues et sa servante. Tous les deux l'avaient prise pour arbitre : mission délicate, à laquelle le séminariste l'encourageait par de vagues assentiments.

Il était tout au malheur de Claire.

Ainsi, se disait-il, voilà une jeune fille riche, jolie, adulée, heureuse en apparence, et au fond, quelle misère! Donnée, livrée, presque au premier venu. Et pour tout appui, pour tout conseil, un frère sans cœur, une mère sans cervelle. Oui, mais elle est coquette. C'est sa coquetterie qui la perd, autant que la faiblesse de sa mère… Inutile de la plaindre. Allons! dis qu'elle a des yeux qui te parlent et que ses louanges te montent à la tête, concluait-il. Tu ne t'apitoierais pas tant sur elle, mauvais chrétien, si elle avait le malheur d'être laide.

Gilbert détourna les yeux aussitôt.

Une chambrière entrait en même temps, appelait ces dames. La couturière venait d'arriver de Toulouse.

Et Claire, se levant, battait des mains.

— Vite, maman ; c'est mon amazone qu'on apporte. Bravo! Je serai prête pour le rallye-paper des Saint-Elix, à Radegonde!

Mme Mériel s'excusait auprès de Gilbert à qui Mlle Claire offrait la main de haut et en plongeant, selon la mode de l'année.