Gilbert et Bernard étaient seuls.

— Maintenant, à nous deux, mon cher abbé, disait Bernard. Tout à l'heure, à propos de ces répétitions, je n'ai pas voulu faire de la peine à ma mère. Mais, vous savez, le bachot? je m'en fiche. Pensez donc! avant d'être bachelier de philosophie, il me faudrait — je me connais — trois ans au bas mot. Trois ans! Est-ce que j'ai une tête à me laisser coffrer pendant trois ans? Toute la vie, alors! Zut! Je plaque le bachot.

— Et que comptez-vous faire?

— Rien ; je chasserai, je monterai à cheval comme mon beau-frère. Je me marierai… plus tard… L'abbé Resongle me trouvera bien un parti ; je m'adresserai à mes anciens maîtres du Caousou. Parlez-moi de ceux-là, pour dénicher des héritières. Quelque jeune fille du commerce, une ancienne élève du Sacré-Cœur qui sera trop heureuse de décrasser ses écus en épousant le beau-frère de M. de Favaron. Oh! je ne suis pas exigeant pour la dot : trois cent mille francs ; de quoi monter ma maison, mon écurie : un cob à deux fins pour la selle et pour la charrette anglaise, une paire d'anglo-normands pour le landau. Et puis c'est tout.

— Je vois que vous êtes un garçon raisonnable et de goûts modestes, répondit Gilbert. Cependant il me semble qu'un diplôme ne nuirait pas à vos projets d'avenir. La peau d'âne de l'Université complèterait heureusement l'effet des parchemins beau-fraternels. Pensez-y ; et, si le cœur vous en dit, comptez sur moi. Vous devez être un peu rouillé, j'en ai peur ; nous referons connaissance avec les classiques latins, avec Virgile, avec Horace…

— Eh, eh! Horace a du bon, appuyait Bernard. Il connaissait les femmes, ce gaillard-là. Eh, eh! Ils ne s'embêtaient pas les Romains!

Gilbert avait rougi…

— Monsieur Mériel, reprit-il gravement ; nous avons été camarades ; je ne l'ai pas oublié, je ne vous demande pas de l'oublier non plus. Je vous prie seulement de vous rappeler mon nouveau costume. Simple question de nuances ; je compte sur votre savoir-vivre pour ne pas me contraindre à vous les faire observer.

VII

La fête de l'Assomption approchait ; les préparatifs de la procession mettaient en mouvement les gens de Bazerque. La libéralité de M. de Favaron, promulguée au prône par l'abbé Resongle, avait piqué au vif l'amour-propre paroissial. Il fallait faire grand, il fallait faire neuf.