Les sanglots l'étouffaient.
— Je ne peux pas… je ne peux pas… articula-t-elle.
— Eh bien, ne parlez pas, marchons ; l'air vous fera du bien.
Elle me suivit comme une enfant. Au cours Dillon, la solitude des allées la rassura. Elle consentit à s'asseoir sur un banc, le dos tourné à la promenade. Ses sanglots s'alentissaient. Elle put parler enfin :
— Marc est venu ce matin, me dit-elle. Maman avait accompagné la bonne au marché, Julien n'était pas encore rentré du collège. Il s'est expliqué ; pauvre Marc!
Je l'interrompis d'un geste d'impatience. Mais elle l'arrêta de la main :
— Ne vous fâchez pas, me dit-elle. Marc a raison ; et il a été si bon avec moi! Il pleurait lui aussi.
— Ses larmes ne rachètent pas les vôtres! répliquai-je. Marc est jaloux ; il veut m'éloigner à tout prix. C'est un égoïste.
— Oh! ne dites pas ça! je vous en prie, répondit Thérèse. Marc vaut mieux que nous. C'est le plus délicat, le plus généreux des amis. Si vous saviez! je l'ai mal reçu d'abord. Ça me révoltait qu'il eût l'air de me soupçonner. Au lieu de m'excuser, je me déclarais prête à recommencer, à me promener avec vous quand et comme il me plairait. Et lui me suppliait de réfléchir ; il m'adjurait de rompre avec vous : Ça finira mal, répétait-il toujours. Je ne voulais rien entendre : Alors, me dit-il, si vous refusez de vous séparer de M. Lavernose, c'est moi qui m'en irai. J'en ai assez vu comme ça. Je vous aime et je suis prêt à me dévouer pour vous ; mais à condition que ma dignité soit sauve. Je ne veux avoir à rougir ni de vous ni de moi. Je trouverai un prétexte pour expliquer mon absence à madame votre mère ; je ne remettrai plus les pieds chez vous. Ce fut à mon tour de supplier. Vous ne me quitterez pas, lui dis-je ; c'est impossible. Grondez-moi, malmenez-moi, je ne me brouillerai jamais avec vous. Et comme il s'obstinait, comme il secouait la tête : C'est donc, ajoutai-je, que vous n'avez pas confiance en moi, que vous me croyez coupable? Eh bien, c'est affreux, cela. Vous dites que vous m'aimez et vous ne m'estimez seulement pas! Je suffoquais de honte et de colère. Marc se rendit : Soit, je resterai, dit-il, mais si je consens à revoir M. Lavernose, vous allez, vous, me promettre de ne jamais le revoir seule, en tête à tête, ni dans la rue, ni chez vous! J'ai promis, je me suis réservé seulement de vous avertir. Et maintenant c'est dit. Il faut nous séparer, mon ami!
Thérèse s'était levée. Je l'obligeai à se rasseoir.