—Ils m'ont interdit, répéta le vieillard.
—Ne le croyez pas, mon père.
—Regarde plutôt, murmura-t-il en promenant les yeux autour de lui... Ils m'ont tout ôté, jusqu'à la chambre où je vivais depuis dix années.
—Cette chambre, vous y êtes! mon père.
—J'y suis, dis-tu, folle! Où sont alors mon grand fauteuil; ma bibliothèque, les portraits de ma famille, la pendule d'écaille[70] que j'aimais à entendre sonner la nuit! Non! non! Ils ont mis cette grande tapisserie pour me tromper; mais ceci est une tombe, vois-tu. Fais attention en sortant, et tu liras mon nom au-dessus. Ils m'ont descendu au cercueil tout vivant, Jeanne, parce que j'étais interdit.
—Oh! mon père, mon père! revenez à vous!
—Regarde plutôt, ajouta le marquis en montrant avec une honte presque féminine ses cheveux défaits et son linge souillé, ils m'ont refusé jusqu'aux soins de chaque jour; je ne suis plus pour eux qu'un cadavre.
Et comme si une pensée d'orgueil traversait son affliction:
—Mais il n'importe, continua-t-il d'un ton de triomphe, j'ai refusé de signer, Jeanne. Ah! ah! ah! elle croyait me faire céder comme autrefois, mais pour toi j'aurais résisté à Dieu. Ne crains pas, va, Jeanneton; qu'elle vienne encore, eût-elle la mort avec elle, je répondrai comme avant: Je refuse! je refuse! je refuse!
—Mon père, s'écria Jeanne éperdue, oh! mon père, c'est moi qui suis cause de tout! Si j'avais obéi, vous seriez encore libre et heureux. Mais vous ne pouvez rester ici, mon père; il faut que vous quittiez ce cachot; vous en avez le droit. Venez!