De retour à l'hôtel, les nouveaux époux trouvèrent le notaire qui apportait à signer des quittances et actes additionnels. A cette vue les deux familles se séparèrent, par l'instinct de leurs intérêts opposés; les politesses réciproques cessèrent pour faire place à une gravité contrainte, et l'on s'assit, comme des ennemis en présence qui vont discuter les conditions d'un traité.
Maître Durocher commença à lire les différentes pièces de ce ton endormeur dont sa longue expérience lui avait donné l'habitude. Il savait que peu de patiences pouvaient tenir à la monotonie d'une pareille lecture, et que l'ennui, en rendant les auditeurs moins attentifs, épargnait de dangereux débats. Mais, ni la fatigante lenteur du débit ni l'obscurité de la rédaction ne purent lasser la marquise: elle fit éclaircir plusieurs passages et exigea le retranchement de quelques articles dont elle parut craindre les conséquences. Le comte consentit à tout avec cette nonchalance impertinente qui semble mépriser les détails. Quant à Jeanne, muette, insensible et une main dans celle de son père, elle avait écouté sans entendre et approuva sans avoir compris.
La lecture venait de finir, et le jeune homme dont maître Durocher s'était fait accompagner recueillait les signatures des deux familles; le notaire se trouva près de madame de Solange.
—Vous avez enfin un nouveau clerc? demanda celle-ci, sans songer à ce qu'elle disait et seulement pour échapper à l'embarras du silence.
—Oui, madame, répondit Durocher; mais je ne désespère point de retrouver l'ancien.
—Comment? dit la marquise en tressaillant.
—Le cadavre du jeune homme que les bateliers ont entendu tomber dans la Seine a été retrouvé.
—Eh bien?
—Ce n'était pas celui de Jérôme.
Jeanne, qui écoutait palpitante, se leva en poussant un cri.