—Dix fois davantage! ajouta le commis voyageur; je lui paye tous les ans des annonces pour plus de cinquante mille francs.

—Alors M. Maurice verra ailleurs, reprit M. Atout d'un air composé; Le Grand Pan n'est point le seul organe de la publicité.

—C'est juste, vous pouvez vous adresser au Serpent à sonnettes, dit Prétorien d'un ton railleur.

—Ou au Chacal de l'Ouest, ajouta Blaguefort avec indifférence.

—Pourquoi pas au Maringouin?» acheva M. Atout d'un air de bonhomie.

Le journaliste se mordit les lèvres, et son compagnon parut inquiet. Le Maringouin était un de ces petits journaux que chacun veut lire pour l'amour du mal qu'on y dit des autres; gamins de la presse, dont vous vous amusez jusqu'à ce qu'ils s'amusent de vous, et qui jettent de la boue à tous ceux qui passent sans craindre les représailles, parce que sur eux la boue ne tache pas. Quelque supérieure que fût sa position dans la presse, Prétorien redoutait le petit journal comme le lion redoute le bourdonnement et la piqûre du moucheron. Quant à Blaguefort, il savait au juste ce que les attaques du Maringouin pouvaient lui enlever d'acheteurs; aussi prit-il tout à coup cette physionomie ouverte des gens d'affaire au moment où ils veulent vous tendre un piége, et, passant une main sous le bras de l'académicien qui allait se retirer:

«Nous ne nous séparerons pas ainsi, s'écria-t-il; non, pardieu! il ne sera pas dit que les Français du dix-neuvième siècle m'auront brouillé avec le plus illustre écrivain de la république des Intérêts-Unis.»

M. Atout voulut protester.

«Avec celui dont la brillante imagination a reculé le domaine de la poésie!…»

M. Atout protesta plus fort.