«Avec le génie facile et universel qui nous a assuré la supériorité dans tous les genres.»

M. Atout se confondit en protestations.

«Avec le plus grand homme, enfin, de notre époque.»

M. Atout serra la main de Blaguefort en affirmant qu'il allait se fâcher.

Celui-ci, qui avait épuisé ses formules d'éloges, parut céder avec peine; mais, fort de son exorde par insinuation, il commença à effrayer l'académicien sur les suites de la publication annoncée: c'était se faire des ennemis, s'exposer à des représailles, nuire à la considération de cette Académie dont il était le protecteur et la gloire!

Ces raisons étaient fortes, mais on ne renonce point ainsi à l'espoir de rendre un collègue ridicule; la fraternité des arts descend en droite ligne de celle d'Abel et de Caïn. M. Atout résistait et trouvait toujours quelque chose à répondre. Il alléguait l'intérêt de la science, l'intérêt de l'histoire, l'intérêt des principes, enfin tous les intérêts que l'on cite quand on ne veut rien dire du véritable. Il invoquait surtout les arrêts de sa conscience, idole mystérieuse qui parle ou se tait selon la volonté du grand prêtre.

Blaguefort, qui était à bout d'éloquence, s'arrêta enfin tout à coup, comme illuminé d'une subite inspiration.

«Je comprends, s'écria-t-il; vous ne voulez point perdre l'occasion; cette critique de l'ouvrage du bibliophile doit piquer la curiosité; on peut en vendre autant d'exemplaires que de l'ouvrage lui-même.

—Sinon davantage, ajouta M. Atout; puis j'ai d'autres motifs…

—Je sais, je sais, interrompit Blaguefort, la science… les principes… la conscience… Eh bien, je vous achète tout!»