Après avoir répondu à tous par un signe, par un mot, par un sourire, le vieillard allait s'asseoir dans quelque coin abrité avec Georgette et Julien; puis l'on découvrait le panier. Mais non tout d'un coup! il fallait d'abord deviner ce que Mathias apportait! et Dieu sait quels efforts pour ne point rencontrer juste et lui laisser la joie de la surprise. Enfin, quand les enfants déclaraient avoir épuisé la liste de leurs suppositions, le vieux soldat soulevait le couvercle d'osier, tirait lentement le mets inconnu et le présentait aux regards de ses convives!

«Ah! ah! vous ne vous attendiez pas à ça! s'écriait-il! c'est aujourd'hui fête à la cantine; nous avons mis des nœuds de rubans à la marmite.»

Et il étalait avec complaisance, sur le panier transformé en guéridon, ce pauvre dîner dont la bonne volonté de tous faisait un festin.

Puis, en mangeant, on causait! Les enfants racontaient les nouvelles de l'atelier, et Mathias y trouvait toujours l'occasion de quelques bons conseils. Car pendant les longues nuits de bivouac, quand la faim ou le froid le tenaient éveillé, le vieux soldat avait réfléchi pour se distraire, et il s'était fait une philosophie formulée en quelques axiomes, qu'il appelait la charge en douze temps de la vie. Parmi ces axiomes, il y en avait quatre surtout qu'il répétait sans cesse, comme comprenant tous les autres:

1o Tu seras fidèle à ton drapeau jusqu'à la mort;

2o Tu tiendras moins à ta peau qu'au triomphe de ton régiment;

3o Tu ne feras point la guerre à ceux qui n'ont point de cartouches;

4o En temps de pluie, tu ne demanderas pas de soleil.

Et, afin que les orphelins pussent comprendre ces maximes, il leur expliquait comment le drapeau, pour eux, c'était l'honneur; comment leur régiment comprenait tous les hommes; comment les cartouches manquaient aux pauvres et aux faibles, et comment la pluie et le soleil étaient la destinée rude ou facile que Dieu nous avait faite.

Il ajoutait encore beaucoup de précieux enseignements sur la persévérance, sur l'orgueil, sur les liaisons, et finissait toujours par encourager au travail Georgette et Julien.