J’aperçus, en effet, sur les genoux de maître Jean un carnier doublé de cuir, qu’il fouillait sans doute lorsque le sommeil l’avait surpris, et qui était resté entr’ouvert. Nous pûmes faire, du regard, l’inventaire de ce qu’il renfermait. Mon compagnon me montra la baguette de coudrier pour découvrir les sources, des fragments d’aérolithes qui devaient garantir du tonnerre, une noix percée servant de cage à une araignée vivante et destinée à guérir de la fièvre, un couteau de langueyeur portant sur la lame le nom cabalistique de Raphaël. Il m’expliquait comment ce dernier nom, que les paysans du midi faisaient graver sur le soc des charrues afin de rendre les sillons fertiles, avait, dans le Maine, la propriété de guérir les porcs ladres et de les engraisser, lorsque Jean-Marie se réveilla. Bien qu’il parût d’abord surpris de nous voir et même un peu embarrassé, il fit assez bonne contenance et se redressa en nous saluant. C’était un homme encore jeune, dont le visage avait cette expression de jovialité matoise habituelle aux Normands, mais plus rare chez les paysans manceaux. L’avoué lui demanda depuis quand les chrétiens dormaient ainsi au soleil, le long des berges, comme des lézards.
—Depuis qu’ils ne trouvent pas de lits de plumes sur la grande route, répliqua le taupier.
—Maître Jean oublie que la grande route est la chambre à coucher des vagabonds.
—Monsieur l’avoué voit bien, au contraire, que c’est le rendez-vous des honnêtes gens, puisque c’est là que je le rencontre.
—Tu es, à ce que je vois, en chemin pour affaires.
—Et le bourgeois est à la cueillette des procès? dit Jean-Marie, qui retourna la question, au lieu d’y répondre.
—Pourquoi non? reprit gaiement l’avoué; ne connais-tu point le proverbe:
Entre La Flèche et Alençon,
Plus de coquins que de chapons?
Nous allons voir s’il ne se prépare point quelque grabuge du côté de la Motte-Robert; mais toi, bon apôtre, où vas-tu?
—A la ferme du gros François.