—Vers Saint-Cosme?
—A peu près.
—Alors nous pouvons faire route ensemble.
—Si monsieur l’avoué trouve que je ne lui fais pas affront.
Jean-Marie s’était levé et se préparait à nous suivre. Je m’aperçus alors qu’il avait laissé tomber un petit sachet rempli de blé, que je lui rendis. Il le glissa au fond de son carnier, et nous dit que c’était un échantillon de froment pour le gros François.
—Ne serait-ce pas plutôt le grain qui sert à composer les mercuriales d’avenir? demanda l’avoué en le regardant.
Le marchand de talismans sourit sans répondre.
—Vous saurez que c’est un des mille talents de maître Jean, continua mon compagnon; il excelle à deviner ce que sera le prix du blé en consultant les grains de froment. J’ai été moi-même témoin, par hasard, de la confection d’une de ces mercuriale anticipées. On range, pour cela, sur la pierre du foyer, et devant un grand feu, douze grains de blé choisis par un homme qui a reçu le don, comme maître Jean. Ces grains représentent les douze mois de l’année, en commençant par celui de gauche, qui représente janvier. Lorsque le feu les a échauffés, les grains éclatent et sautent en avant ou en arrière. Dans le premier cas le prix du blé doit infailliblement s’élever, dans le second, il doit descendre.
Je fus frappé de ce mode d’augure, où la divination par le feu rappelait clairement l’ancien culte des éléments et dénonçait l’origine celtique. L’avoué, à qui je communiquai mon impression, se retourna vers le taupier.
—Vous voyez, maître Jean? dit-il. Votre cérémonie sent le païen, et a dû être inventée par les druides.