Et, afin d’appuyer son dire, il se mit à chanter sur un air de bourrée, avec les portées de voix et les cadences prolongées des bergères du Morvan:

Vire le loup,
Ma chienne garelle[18],
Vire le loup
Quand il est saoul;
Laisse-le là,
Ma chienne garelle,
Laisse-le là
Quand il est plat.

Le Rouleur avait relevé la tête; son front plissé s’épanouit, une lumière sembla passer au fond de ses yeux sombres, et ses lèvres se détendirent. A la fin de l’air, il se leva, comme emporté par les souvenirs qui se réveillaient en lui, et poussa le ioup national qui termine toutes les bourrées.

—Vous ne vous saviez pas en pays de connaissance, lui dis-je, enchanté du hasard qui venait de rompre la glace entre nous.

—Le diable m’estringole si je l’aurais cru! s’écria-t-il. Et où donc Monsieur avait-il son accoutumance dans le Morvan?

—J’ai habité deux années entre Mont-Renillon et Gacogne, reprit l’avoué, dans une de ces fentes de montagnes que vous appelez des serres, tout près l’Huis-André.

—Ah! yé! c’est juste où je suis né, interrompit le Rouleur.

—Et nous allions passer l’un près de l’autre sans parler des brandes de là-bas, ajouta mon compagnon.

—J’en aurais eu grand rancœur, dit Claude.