Jacques appela l’enfant, qui prit la place de Bérard et conduisit le char-à-bancs devant la porte de la cabane.

Un paysan, que je jugeai être Jérôme, accourut au bruit; en m’apercevant, il s’arrêta court, tira vivement son chapeau et se mit à appeler Loubette. Je sautai à terre et je voulus entrer en explication; mais il ne m’écoutait pas et continuait à crier toujours plus fort, jusqu’à ce que la jeune fille parût sur le seuil.

Au premier coup-d’œil, je ne fus frappé que de sa laideur. Elle avait la haute taille et la corpulence boursoufflée ordinaire aux habitants du Marais. Ses traits, engorgés par la lymphe, ressemblaient à ceux d’une statue ébauchée dans le tuffeau. Il fallait un long examen pour distinguer, au fond de l’œil à demi-voilé par d’épaisses paupières, une étincelle d’énergie et d’intelligence, comme une étoile pointant dans le brouillard. Ma vue parut la surprendre plutôt que l’effrayer, et elle m’invita à entrer. Alors même que Fait-Tout ne m’eût point averti, j’aurais aisément deviné que la fille était le vrai chef de la famille. Je lui expliquai, en peu de mots, le but de ma visite. Quand je nommai Guillaume, le vieux cabanier laissa échapper une exclamation, mais Loubette lui imposa silence du regard.

—Ainsi c’était de Monsieur la lettre qu’on a apportée avant-hier? dit-elle.

—Vous l’avez reçue? demandai-je.

—Faites excuse, reprit Loubette un peu embarrassée, l’homme de la poste l’a remportée.

—Pourquoi cela?

—Parce que celui dont le nom était sur l’adresse ne se trouvait point au Petit-Poitou.

—Que dites-vous! Guillaume?....

—C’est aussi vrai qu’il n’y a que trois personnes dans la Trinité! interrompit Jérôme.