»—C'est le bruit du flot contre la falaise, fit observer le cavalier.

»—Ecoutez, Spountus, ma mère parle sous la terre bénite.

»—Et que dit-elle, pauvre créature?

»—Elle dit qu'elle ne veut point donner sa fille, corps et âme, sans allumer les cierges et sans faire chanter les prêtres.—Qu'il lui soit donc accordé ce qu'elle demande, chère âme; je n'ai jamais méprisé les morts.

»A ces mots, l'inconnu fait un signe, et voilà que des prêtres et des acolytes surgissent de l'obscurité; ils entourent le rocher qui se trouve au centre de la grotte.

»Ils le recouvrent d'un tapis de soie damassé et d'une nappe de dentelle; ils allument les cierges, ils font brûler l'encens, et la cérémonie du mariage commence.

»Au moment où l'union est prononcée, Génoffa pousse un cri, car elle sent que l'anneau d'argent brûle son doigt; mais il est trop tard!

»Spountus a saisi sa main et l'emmène à travers les routes sombres ouvertes au fond de la caverne. Le cœur de la jeune païenne frissonne et devient froid. Elle se serre contre l'inconnu, qui est devenu le seigneur de sa vie.

»Ecoutez, Spountus, on dirait que là-bas, au-dessus de notre tête, retentissent des plaintes et des grincements de rage.—C'est le bruit que font les ouvriers en minant les pierres de la montagne, ma douce âme.

»—Cher mari, je sens tomber sur mon visage une pluie de larmes chaudes.—C'est l'eau qui coule du rocher, Génoffa.

»—Moitié de ma vie, l'air que nous respirons ici me brûle comme si j'approchais d'une fournaise.—C'est le vent qui vient du cœur de la terre, madame.

»—Joie et salut de mes jours, regarde, du feu, du feu, du feu partout!—C'est l'enfer, païenne! tu es maintenant à moi pour l'éternité[13]

[13] Peoch, Spountus, grigonez ha klemmou zo azé, etc.

Pendant que je murmurais ces derniers vers du guerz breton, la barque avait achevé son circuit, elle se retrouva en face du rocher de granit rose qui avait conservé dans le pays le nom d'Autel-du-Diable. Je demandai à Salaün si Spountus ne hantait plus la grotte où son mariage avait été célébré. Au lieu de répondre, il fit glisser la barque vers l'entrée, et quelques instants après, nous nous trouvions de nouveau sous le ciel. Le gabarier laissa alors flotter sa rame, se retourna vers la sombre ouverture qui béait derrière nous, puis, me regardant:

—Monsieur devait faire sa question quand il a visité la Pointe-du-Corbeau, dit-il avec intention, Judok-Naufrage aurait pu vous répondre.

—Est-ce donc ici qu'il reçoit la visite de son maître? demandai-je en riant.

Salaün me jeta un regard de côté, parut hésiter; puis, comme un homme à qui la mauvaise humeur ôte la honte:

—C'est ici! dit-il brusquement.

—Vous l'avez aperçu?

—Comme j'aperçois mon bateau.

—Et ce n'était ni un jour d'aire neuve, ni un soir de pardon?