Malgré l'opinion du fermier, je commençais à comprendre parfaitement.
—La paix! la paix! répétait Antoine d'un ton caressant: je te dis que tu iras à l'assemblée prochaine et que tu seras la plus belle, oui!
—Le drap et la toile sont bien chers! objectait la fillette, qui ne pleurait plus que d'un œil.
—Mais les chevreuils se vendent bien, répliqua le braconnier, et pas plus tard que demain il y en aura un à la ferme. Le père Louroux se chargera comme d'habitude de le faire arriver à Nantes.
—Et si les gardes veillent cette nuit? demanda la Rousse tout-à-fait consolée.
—Ils ne veilleront point, répliqua Bon-Affût, j'ai un moyen sûr de les envoyer au fenil.....
Les branches mortes qui craquaient sous nos pieds dénoncèrent notre approche; le braconnier fit un geste rapide qui recommandait à l'enfant la discrétion et se leva pour nous recevoir.
Il reconnut évidemment en moi le voyageur aperçu le matin à l'auberge en compagnie de Moser, dont l'uniforme lui avait révélé les fonctions, car il prit subitement une expression défiante. Je m'efforçai de dissiper ses soupçons en expliquant, pendant le cours de l'entretien, ce qu'il y avait de fortuit dans mon rapprochement avec le forestier, dont je n'étais ni le collègue ni le chef; je fis connaître le motif de mon excursion dans la forêt, et je demandai au fermier le chemin qu'il fallait prendre pour arriver aux huttes des boisiers. Bon-Affût, qui avait jusqu'alors écouté sans rien dire, mais que mes déclarations avaient sans doute rassuré, répondit qu'il allait du côté de la grande coupe, et que je pouvais le suivre.
Après avoir traversé avec quelque peine les lisières des placis tout encombrées de ronces et de buissons, nous arrivâmes à la vieille futaie.
Je fus involontairement saisi de la grandeur religieuse de ces mille arceaux de feuillage entremêlés comme les voûtes d'un palais mauresque, et dont les troncs moussus formaient la verte colonnade.