—Je veux dire, répondit M. Vorel tranquillement, que si la famille l’exige, je suis prêt à prouver quel fut mon attachement pour la mère en servant de protecteur à la fille.
La comtesse ne put retenir un cri de surprise. La prétention du médecin était quelque chose de si audacieux, que, dans le premier moment, elle hésita à la prendre au sérieux. Mais l’air et l’accent de M. Vorel ne permettaient aucun doute.
—Ainsi, s’écria-t-elle, vous comptez nous disputer la tutelle?
—C’est sans doute se montrer bien hardi, répliqua Vorel avec humilité; mais je tiens à prouver que mon dévouement ne le cède en rien à celui de madame la comtesse.
Celle-ci rougit de colère et fit un geste violent.
—Ah! je comprends, dit-elle d’un accent indigné; vos confidences de ce matin étaient un piége; vous ne désiriez la suppression du testament que dans l’intérêt de vos propres espérances, et, après vous être servi de moi pour enlever l’obstacle, vous comptez arriver seul au but.
—Je compte seulement témoigner de mon zèle, fit observer tranquillement Vorel, en offrant d’épargner à madame la comtesse la charge de la tutelle.
—Et qu’en voulez-vous faire, enfin, de cette tutelle, Monsieur? demanda madame de Luxeuil poussée à bout.
—C’est une question que l’on pourrait également adresser à madame la comtesse, fit observer doucement le docteur.
—Ah! je vous devine, s’écria celle-ci exaspérée; l’administration des biens de cette enfant vous permettra d’accroître votre fortune.