—Oui, reprit le paysan. Oh! c’est elle, c’est bien elle.

—Vous l’avez donc connue? s’écria la jeune fille.

—Non pas si jeune... ni si riante, reprit Marc; car ceci est un portrait du temps où elle était heureuse! mais c’est comme cela qu’elle regardait... Tout à l’heure, en sortant, quand mes yeux ont rencontré les siens, j’ai cru la voir elle-même, et, cependant, je ne m’attendais pas à trouver ici ce portrait...

Honorine tressaillit.

—En effet, dit-elle, il ne peut avoir été placé là qu’à l’insu de ma tante; sans quoi, elle n’eût point souffert... Hier encore, elle me parlait de ma mère avec tant d’émotion...

Marc releva la tête.

—Ah! elle vous en a parlé, dit-il en souriant amèrement... et... avec émotion!... Oui, je comprends, c’est un moyen de gagner votre amitié, et la comtesse en a besoin.

—Que voulez-vous dire?

—Rien, rien; sinon que, du temps de la prieure, madame de Luxeuil n’a jamais eu l’idée de s’informer si vous étiez morte ou vivante, et que, pour lui faire penser à vous, il a fallu l’espérance de vous avoir à sa discrétion.

Honorine fut frappée de cette observation, qui avait déjà traversé son esprit; mais la surprise de l’entendre exprimer par le paysan l’empêcha de s’y arrêter. Elle regarda celui-ci avec une défiance inquiète et s’écria: