Rien ne retenait plus Marc à la ferme; il prit congé d’Honorine qui, au moment de le quitter, se sentit saisie d’un attendrissement mêlé d’angoisses. Malgré l’évidence du service reçu, la révélation d’Arthur continuait à la troubler: elle eût voulu réhabiliter dans son propre jugement celui dont elle avait obtenu le secours, ennoblir sa reconnaissance par l’estime, glorifier enfin un dévouement dont elle profitait sans pouvoir l’avouer!
Au moment où Marc se découvrit en répétant d’un accent ému, un dernier adieu, elle lui saisit la main et s’écria:
—Vous ne partirez pas ainsi sans m’avoir ôté mes doutes! on vous a accusé devant moi!... mais ce qu’on a dit était un mensonge, avouez-le, je vous en conjure à mains jointes; avouez-le, à moi, à moi seule! je ne vous demande pas d’explication, dites seulement: non! et je vous croirai.
Au premier mot prononcé par la jeune femme, Marc était devenu très-pâle; il retira sa main et répondit à voix basse:
—Madame n’a-t-elle point vu que je n’avais rien à répondre, quand monsieur de Luxeuil m’a accusé?
—Oui, dit vivement Honorine, mais quelque motif... que j’ignore... vous a sans doute forcé à vous taire.
Il secoua la tête.
—Je me suis tu parce qu’il disait la vérité, répliqua-t-il sourdement.
Honorine le regarda.
—Mais alors, reprit-elle troublée, si vous avez été.... si vous êtes... ce qu’il a dit, que peut-il y avoir eu de commun entre vous et ma mère? Pourquoi ce dévouement dont je ne puis désormais soupçonner la sincérité? Quel intérêt trouvez-vous à me défendre?