—Vous m’avez déjà fait cette question, murmura Marc.
—Et vous m’avez répondu: plus tard!
—Oui, plus tard..... peut-être... peut-être aussi jamais! cela dépendra de vous.
—De moi? comment faut-il vous supplier alors?
—Ne suppliez pas, c’est inutile... pour me faire parler il faut autre chose que vos désirs d’aujourd’hui... car je comprends bien, allez, pourquoi ces questions! Vous êtes triste d’être protégée par un réprouvé comme moi; vous voudriez ne pas être obligée de me mépriser, le mépris gêne la reconnaissance! mais je n’en attends pas; vous ne m’en devez pas!
—Que dites-vous?
—Non; tout ce que je vous demande c’est d’avoir confiance! c’est quand vous aurez besoin de moi, de me faire signe, c’est de me regarder comme votre chien, de me dire: va là, viens ici! et j’irai, je viendrai! de vous servir de moi sans vous inquiéter de moi; de me regarder comme une chose qui est à vous et dont vous pouvez tout faire pour votre bonheur.
Honorine fut remuée jusqu’au fond du cœur. Le ton de Marc n’avait ni l’élévation ni l’élan que donne l’exaltation; il était bas, presque calme, mais profond. On sentait qu’il n’y avait là aucune surexcitation passagère; c’était l’expression d’un sentiment depuis longtemps maître de l’âme tout entière, et qui en était devenu pour ainsi dire l’état.
—Et vous pensez que je puis accepter un échange aussi inégal, s’écria-t-elle, les yeux fixés sur Marc! à vous tous les sacrifices; à moi la liberté de l’ingratitude! je repousse de pareilles conditions! si je ne dois être pour vous qu’une cause d’abnégation et de souffrance, je renonce à en profiter plus longtemps.
—Ah! ne dites pas cela! interrompit précipitamment Marc d’un accent douloureux: ce que je fais pour vous est désormais ma seule consolation; si je ne l’avais point, tout serait fini! Savez-vous, d’ailleurs, si ce n’est pas un moyen de me racheter... si je n’ai rien à expier!.... Ah! ne me faites pas de questions, mais laissez-moi continuer ce que j’ai commencé... Si ce n’est pas pour vous, que ce soit pour moi-même; j’en ai besoin et je..... je l’ai PROMIS!