Ce fut là ce qui arriva à M. de Gausson; à mesure qu’il réfléchissait à son apparition; elle se dessinait plus distinctement à ses yeux. Les trois hommes qu’il venait de rencontrer avaient le visage peint ou masqué de noir, et le fardeau porté sur leur cheval rappelait la forme humaine. Selon toute apparence un crime avait été commis; Marcel venait de rencontrer la victime et les assassins.

Il en était là de ses inductions lorsque ses yeux, baissés vers la route, y virent briller quelque chose à la lueur des étoiles; il descendit de cheval et releva une petite croix de brillants qu’Honorine tenait de la prieure et qu’elle portait toujours au cou.

Ce fut pour lui un horrible trait de lumière! Saisi d’épouvante, il remonta vivement sur son cheval, et lui faisant franchir la clôture qu’il avait à sa droite, afin de couper au plus court, il gagna au galop le point vers lequel il avait vu les ombres se diriger.

Mais dans ce moment même les gens du Vrillet venaient de finir leur sinistre expédition et revenaient, comme nous l’avons vu, par la route ordinaire.

Ils étaient déjà rentrés depuis quelque temps et ils avaient fait disparaître tout ce qui pouvait les trahir, lorsqu’un grand bruit de voix et de pas précipités retentit au dehors.

La femme, qui était assise sur l’âtre, pâle et frissonnante, jeta un cri. Le fermier lui imposa silence par un geste terrible.

Le bruit approchait; on heurta à la porte et plusieurs voix appelèrent Romain.

Il fit signe de ne pas répondre.

L’appel se renouvela plus élevé.

—Dieu Sauveur! c’est sa grand’mère! balbutia la fermière du Vrillet, dont les dents claquaient, et qui, par un mouvement instinctif, attira sa fille près d’elle.