—A ma place vous auriez cru tout perdu, n’est-ce pas, dit Vankrof de sa plus grosse voix; mais nous autres Belges, nous ne nous laissons point décourager ainsi. L’amateur n’avait point donné d’arrhes, j’ai détaché au marchand quelqu’un d’adroit qui l’a averti que son acheteur était un homme ruiné, insolvable.

—Qui vous l’avait dit?...

—Personne. Mais cela a effrayé le brocanteur; là-dessus je suis arrivé avec de l’argent comptant et il m’a livré la toile... ah! ah! ah! comment trouvez-vous le moyen?

—Parfait pour vous, dit d’Alpoda, mais le mystifié eût pu se fâcher.

—Bah! nous ne nous sommes jamais vus, répliqua le Belge, et mon marchand a promis le secret.

Depuis quelques instants de Luxeuil était devenu singulièrement attentif, et à ces derniers mots un éclair traversa son regard.

—Ainsi, vous ne connaissez point le concurrent que vous avez si habilement écarté, Monsieur? demanda-t-il.

—Pas même de nom! répliqua Vankrof, et comme il y a déjà trois mois que le tour lui a été joué, je conclus qu’il ne viendra pas m’en demander raison.

—Vous vous trompez, s’écria Arthur, il est venu; car le mystifié, c’est moi!

Ce fut un véritable coup de théâtre. De Luxeuil tenait sous son regard hautain le Belge stupéfait, tandis que de Cillart, d’Alpoda et Dovrinski se jetaient un coup d’œil embarrassé.