—La vie! répéta la mère Louis; que je sois damnée s’il ne vaudrait pas mieux pour vous le voir entre quatre planches.

—Oh! vous ne savez pas ce que c’est qu’un fils unique, ma mère! dit Vorel avec une expression si ardente qu’Honorine en fut remuée jusqu’au cœur.

—Mon Dieu! mais ne peut-on rien faire? demanda-t-elle.

—J’ai eu recours à tous les moyens connus, répliqua le médecin d’un ton accablé.

—Et... si l’on en essayait d’autres? reprit la jeune femme; pardon d’oser donner un avis... Mais il me semble que ce silence, cette obscurité doivent à la longue énerver et anéantir. Puisque le traitement indiqué par la science n’a point réussi, ne pourrait-on en essayer un autre, rendre à Henri de l’air, de la lumière et de la liberté?

—Maintenant, je n’y vois point d’empêchement, répliqua Vorel, les regards fixés sur l’idiot; il se pourrait que cet isolement, nécessaire pour le but que je désirais atteindre, altérât à la longue la santé de ce malheureux enfant et... avant tout, je veux qu’il vive!

—Alors permettez qu’il sorte, reprit vivement Honorine; qu’il vienne à la ferme comme autrefois; je vous promets de veiller sur lui comme sur un frère.

—Pardi! pourquoi qu’y ne viendrait pas tout de suite? dit la mère Louis; y fait un temps pour les malades aujourd’hui. Voyons, grand Jodane, lève-loi et viens avec ta grand’mère; nous déjeunerons ensemble!

L’idiot comprit ce dernier mot, car il se mit à rire en étendant ses mains crochues et répétant:

—Déjeuner! hou! hou! toujours déjeuner...