Honorine fit un pas en arrière.

—Mais alors c’est vous qui l’avez tuée! cria-t-elle éperdue.

—Encore! dit Vorel qui se redressa.

—Rappelez-vous vos recommandations, reprit vivement la jeune femme. C’était dans la chambre voisine. La malade venait de refuser vos soins. Vous m’avez prié de lui cacher que le remède était donné par vos ordres. Vous ne pouvez avoir oublié toutes ces circonstances. S’il y a eu erreur, imprudence, ayez le courage de l’avouer, Monsieur; ne me laissez point sous le coup de cette horrible accusation; vous ne le pouvez pas, vous ne le devez pas; j’en appelle à votre honneur!

Elle parlait avec une véhémence qui donnait à ses paroles une irrésistible autorité. Vorel s’en aperçut, et sa tristesse étudiée parut faire place tout à coup à un élan involontaire.

—C’est aussi trop d’audace! s’écria-t-il en se levant; j’aurais voulu garder le silence, mais puisque vous en appelez à mes souvenirs, puisque vous me forcez à parler, je vous dirai, à mon tour, ce qui se passe ici depuis trois mois. D’abord vos correspondances avec M. de Gausson, vos entrevues chaque soir...

—Que dites-vous?

—Une seule fois on s’est aperçu à la ferme de votre absence; l’alarme a été donnée; on a commencé les recherches de tous côtés; mais, avertie à temps vous avez pu inventer, pour justifier votre disparition, ce prétendu enlèvement par des inconnus...

—Quoi, vous doutez?...

—A partir de ce jour votre grand’mère conçut des doutes; son affection se refroidit, et... tomba subitement malade.