—Vous oubliez qu’il nous reste à regagner la Brichaie.
—Eh bien! nous aurons un orage; ce doit être si beau! J’ai toujours désiré savoir comment je me comporterais en pareille occasion: ce serait un moyen d’essayer mon courage.
Marc secoua la tête.
—Oh! vous croyez que c’est bravade, reprit Honorine en souriant; mais non, Marc, c’est confiance! Je me sens si forte... si heureuse...
—Que vous voudriez cesser de l’être?..... interrompit-il brusquement.
—Que je ne puis croire à un changement, reprit la jeune femme. Après tout, mon bon Marc, Dieu est juste! et c’est lui qui fait nos lots ici-bas. Quand on a été longtemps éprouvé, on doit avoir plus de confiance dans l’avenir; on a payé sa dette.
—Le malheur est toujours notre créancier, dit le chouan sourdement: il ne faut jamais lui rappeler que nous vivons.
—Oh! vous êtes triste, s’écria Honorine; je ne veux point vous croire: j’espère encore le beau temps...
Un éclair, suivi d’un sourd grondement de tonnerre, l’interrompit; elle fit un mouvement en arrière et pâlit.
—C’est une réponse, dit Marc, et qui vous persuadera mieux que moi, peut-être... Au nom du ciel, allons plus vite; j’ai peur qu’il soit déjà trop tard!