—La mère de madame Honorine de Luxeuil.
Marcel demeura les mains appuyées sur ses genoux et les veux fixés sur le chouan; l’excès de son étonnement lui avait ôté la force de l’exprimer par aucune exclamation ni par aucun geste.
—Répétez, dit-il après un silence, répétez encore.
—Oui, reprit Marc, dont l’œil brillait d’une inexprimable tendresse, ma fille, c’était ma fille! Ah! je ne puis vous dire ce que ce cri de mère me fit éprouver; mon cœur fondit.... j’étendis les mains... et je tombai à genoux sans pouvoir répondre, sans pouvoir rire ni pleurer.... c’était une émotion trop forte.... je me sentais près d’étouffer....
—Et la baronne!
—La baronne... oh! ce souvenir me mouille les yeux!... le cœur des femmes est un abîme de miséricorde!... la baronne, quand elle vit mon attendrissement, pencha l’enfant vers moi, et je sentis ses cheveux sur mon front... ce fut comme une bénédiction, Monsieur: il me sembla que quelque chose de l’innocence de cette douce créature coulait en moi; je me relevai avec un cœur nouveau.
—Et pendant ce temps vos compagnons qui voulaient prendre la fuite avaient été arrêtés?
—Grâce à l’arrivée de M. le docteur Darcy et de la comtesse de Luxeuil. Près d’être surpris à mon tour, je n’eus que le temps de me réfugier dans un cabinet obscur placé contre l’alcôve de la baronne. Ces dernières émotions avaient achevé de la tuer; bientôt commença son agonie. La comtesse en profita pour détruire le testament qui assurait les dernières volontés de la mourante qu’elle abandonna ensuite...
—Et qui, par votre entremise, put tout réparer.
—Oui, dit Marc, dont l’émotion semblait croître à chaque parole; j’ai eu cette dernière joie! ah! quand je vivrais mille années je n’oublierai jamais cette entrevue. D’abord elle ne voulait point m’entendre; elle me maudissait; elle regrettait des espérances perdues... et que j’ai connues plus tard. Mais la vue de sa fille adoucit tout à coup son désespoir; elle la prit dans ses bras en pleurant sur elle, et moi... je n’osais parler... mais je pleurais aussi; jusqu’à ce qu’elle étendît la main de mon côté, en s’écriant: