—Un pas de plus de ce côté, et vous êtes englouti dans les grèves, fit observer le chouan.
—Malheureux! tu ne me laisseras pas périr ainsi, reprit Arthur, qui faisait de vains efforts pour se dégager: aide-moi, il en est temps encore... Dis ce que tu veux et je te l’accorderai... Fais tes conditions, mais hâte-toi. Regarde, la mer vient!
La houle s’avançait en effet avec la rapidité d’un cheval de course: ligne imperceptible d’abord, puis flot grossissant: c’était une montagne écumeuse et mouvante qui roulait vers eux avec un immense rugissement; on distinguait déjà les vagues, on sentait la rafale fraîche et humide! Les cheveux d’Arthur se dressèrent sur son front; il fit un effort suprême et se dégagea à moitié; mais au même instant, l’écume salée lui jaillit au visage, et le flot le souleva; il poussa un cri si terrible qu’on l’entendit retentir au-dessus de tous les grondements de la mer. L’orgueil qui faisait son courage l’avait abandonné: il ne voyait plus qu’une mort inattendue, horrible, et il avait peur. Par un mouvement instinctif, Marc s’était rapproché et lui avait tendu la main; aidé par ce point d’appui, il acheva de se dégager des sables... et retenant le bras de son conducteur:
—Au nom de Dieu!... sauvez-moi! s’écria-t-il éperdu... Je renoncerai à mes droits sur Honorine... je renoncerai à me venger de M. de Gausson... sauvez-moi, et tout ce qui me reste vous appartient... Oh! vite... vite... regardez, le flot gagne, oh! je vous en conjure à mains jointes... mais ce que vous faites est infâme, c’est une trahison, une lâcheté... Vous voulez un duel, dites-vous?... eh bien, conduisez-moi hors d’ici et je me battrai... à telles conditions que vous voudrez... vous serez également satisfait... puisque vous voulez ma mort... mais que ce soit une autre mort... pas celle-ci... pas celle-ci... Dieu! le flot m’emporte.
Il s’était cramponné au chouan qui, appuyé à un tertre de sable, avait jusqu’alors résisté au roulis de la vague et ne fit aucun effort pour le repousser.
—Ne perdez point ces derniers instants en vaines supplications, dit-il gravement; aucune puissance humaine ne peut désormais nous sauver.
—Est-ce possible? bégaya de Luxeuil, les cheveux hérissés.
—Pensez à Dieu! reprit Marc d’une voix plus haute; demandez pardon dans votre cœur à celle dont vous avez si longtemps torturé la vie; il ne vous reste plus pour cela qu’un instant.
—Non, non, balbutia de Luxeuil, que la mer soulevait; je ne veux pas mourir... encore...
Il abandonna brusquement Marc et voulut s’élancer à la nage vers la rive; mais le chouan saisit une de ses mains et la retenant fortement dans les siennes: