Tout cela était dit avec une sorte d’embarras, comme si le besoin d’épanchement eût arraché à de Luxeuil ces aveux, et que ses habitudes d’esprit le rendissent honteux de les faire. Il y avait évidemment chez lui une lutte et un effort. Honorine en fut frappée.

—Il faut acheter le domaine de la princesse Goriska, s’écria-t-elle vivement.

—Vrai? dit Arthur en dressant la tête; ce projet vous sourit?

—Il m’enchante.

—Ainsi vous accepteriez la continuation de l’œuvre commencée par la tante de Dovrinski?

—Ce serait pour moi un inexprimable bonheur. J’aurais enfin une occupation et un but.

Arthur la regarda.

—Oui, dit-il avec intention, ce sera un dédommagement; cela détournera votre pensée de votre propre situation... vous pourrez oublier...

Honorine voulut l’interrompre.

—Oh! vous avez raison, continua-t-il précipitamment, il vaut mieux ne point toucher à ce sujet, et cependant j’aurais tant à vous dire!... mais plus tard... quand nous aurons commencé ensemble une nouvelle existence et que la communauté de l’œuvre accomplie nous aura rapprochés... car je veux prendre part à vos efforts, Madame; je veux savoir s’il m’est encore possible de devenir bon à quelque chose... pourvu toutefois que vous ne refusiez point mon aide?