—Je vous le demande, dit Honorine d’un accent de douce cordialité.

—Alors tout est pour le mieux, reprit Arthur gaiement, je serai votre intendant, votre économe; on dit que les prodigues réformés sont excellents pour cela. Je tiendrai les comptes... Mais à propos de comptes, nous recommençons ici celui que faisait Perrette avec son pot au lait... Et l’argent nécessaire pour l’achat du domaine?

—Ah! mon Dieu! je n’y pensais pas! s’écria Honorine.

—J’y ai pensé, moi, reprit de Luxeuil; il suffirait de cent mille écus comptant, le reste se paierait plus tard.

—Mais comment trouver ces cent mille écus, objecta la jeune femme... Si je vendais quelques fermes?

—Ce serait un moyen, dit Arthur; mais lent, dispendieux et qui, de plus, tournerait à votre désavantage, car les fermes vendues n’appartiennent qu’à vous seule et le domaine acheté deviendrait une propriété commune; ce serait donc vous dépouiller à mon profit, ce que je ne puis permettre.

—Que faire alors?

—Offrir ces fermes pour gages sans vous en dessaisir, et emprunter les cent mille écus. Notre séjour à la campagne nous permettra de réaliser bien vite des économies, avec lesquelles on pourra rembourser la somme due; de cette manière vous aurez acquis un nouveau domaine sans avoir engagé ce que vous possédez déjà.

La jeune femme approuva l’expédient, et il fut convenu que de Luxeuil s’occuperait sur-le-champ de négocier l’emprunt nécessaire.

Le projet qu’il venait de suggérer à Honorine répondait trop bien à ses aspirations pour ne pas s’emparer de tout son être. Pendant le reste du jour, elle ne put songer à autre chose. Comme toutes les femmes qui n’ont pu trouver dans l’amour satisfait l’emploi de leurs facultés expansives, Honorine éprouvait un immense besoin de charité; ce cœur, malgré lui refermé, eût voulu répandre sur tous le trop plein de tendresse qu’il n’avait pu vouer à un seul.