—Je ne comprends pas.

—C’est pourtant clair; vous vous êtes présenté sous le nom modeste de M. Charles; vous vous serez donné pour artiste, étudiant en médecine ou clerc d’avoué, et c’est seulement aujourd’hui que l’innocente victime vient de reconnaître dans son séducteur le capitaliste Aristide Marquier.

Le banquier qui avait passé par toutes les expressions de l’embarras et de l’impatience demeura étourdi. Arthur lui mit la main sur l’épaule.

—Je comprends maintenant votre discrétion, mon cher, dit-il en riant, vous jouez le rôle de Jupiter auprès d’Alcmène... Seulement j’ai peine à m’expliquer la douleur de la princesse, en découvrant que son amant est un Dieu.

—Eh bien! vous oubliez donc le Gamin de Paris, que vous citiez tout à l’heure, reprit de Cillart. En cachant sa position, l’amant a pu donner des espérances... Il y a eu peut-être promesse de mariage.

—Du tout, s’écria Marquier, arraché à sa torpeur par ce dernier mot...

—Alors c’est une passion libre, fit observer M. de Rovoy.

—Et surtout désintéressée, ajouta Arthur, qui jeta de nouveau un regard sur le petit bonnet de tulle et sur le tartan de coton de la jeune ouvrière. Le banquier nous parlait toujours de son horreur pour les liaisons dispendieuses; il est aisé de voir qu’il met ses principes en pratique.

Un rire général s’éleva, et tous les yeux s’arrêtèrent sur Marquier. De toutes les accusations honteuses à subir, celle d’avarice était, en effet, la seule qui pût exciter le mépris de ces hommes qui avaient toujours mis leur générosité à ne point économiser sur les vices. Aussi le banquier voulut-il protester.

—Ne le croyez pas, s’écria-t-il, c’est une plaisanterie... Il ne s’agit point ici d’une liaison... mais d’une rencontre... d’un caprice.