—Dieu nous sauve! c’est la petite! s’écria-t-elle à sa vue.
—Ah! vous ne m’avez point oubliée! dit la jeune femme qui se jeta dans ses bras.
—Toi ici! reprit la mère Louis en se dégageant; c’est-y bien possible! et comment que t’es venue? où donc qu’est ton homme?
—A Paris! répliqua Honorine embarrassée.
—Pourquoi ça, reprit la fermière, est-ce qu’une femme doit voster (courir) sans son mâle? Qu’est-ce que c’est donc que celui-là, alors?
La mère Louis désignait Marc.
—Je vous expliquerai tout, dit Honorine qui ne pouvait répondre devant le paysan; mais je voudrais parler... à vous seule?
—Oh! je devine, interrompit la fermière, je parie que t’as planté là ton mari.
—De grâce!!...
—C’est-y vrai ou non, voyons? oh! y faut pas se catuner (baisser la tête avec humeur). Je te vois arriver sans savoir quoi ni qu’est-ce, et l’air tout douillant; qu’est-ce qui s’est passé, voyons; parle vite, je puis pas perdre de temps; j’ai là une bête au mouroir!