Fragile amour que le nôtre, pareil à tant d’autres. Aussi, dans cette dernière lettre, il ne m’est point permis d’être sincère. Je ne puis pas, en effet, quand j’évoque notre entrevue d’avant-hier, rappeler combien elle fut douloureuse… D’abord Mercédès en a peut-être oublié les détails et ma lettre risque de fixer pour son souvenir une version, tout opposée, qui durera bien ce que dure un souvenir…

Et puis, on ne leurre pas les femmes. C’est elles qui consentent à se tromper. Mercédès qui n’est ni de mon pays, ni de mon sang a bien senti ce que notre rencontre avait d’incohérent. Elle a bien deviné que je ne l’aimais qu’à travers un mirage. Par quel sortilège ? Elle n’a pu toutefois se garder de me le laisser entendre :

— Tu es bien gentil, disait-elle de sa voix toujours rocailleuse, même dans les minutes où nos corps, à défaut de nos âmes, étaient nus.

« Tu es prévenant, tu es attentif, tu ne fais pas de scènes, tu n’es pas jaloux.

— Que vas-tu me reprocher ?

— Rien. Pas grand’chose : tu n’aimes pas.

— Comment ? Tu oses dire ?

— Tu n’es pas attaché à Mercédès. Tu n’aimes pas Mercédès.

— Pourquoi veux-tu que je fasse preuve de jalousie puisque je ne dois pas ?…

— Ce n’est pas une raison, répondait-elle.