— Je liquide, mon lieutenant.

— Vous allez à Gabès. C’est loin, vous savez, Gabès. Et puis on ne reste pas à Gabès, parce que c’est un paradis encore, un lieu de délices où il y a de l’ombre, de l’eau, des cafés, des restaurants, une oasis, des arbres… Et des femmes, quelques femmes…

« Vous vous enfoncerez plus profondément dans le désert. Qu’est-ce qu’il y a donc ? Encore un soulèvement. Des rebelles. Vous ferez des colonnes de police. C’est pénible… Mais vous êtes solide. Portez-vous bien, Fabre-Souville, bonne chance !

— Merci, mon lieutenant.

— Bon voyage.

— Au revoir, mon lieutenant…

Ils se sont retirés, le porteur de falot, le maréchal des logis et l’officier chargé du contre-appel. De nouveau, me voilà seul. Je cherche ma plume. Voyons, où en étais-je ?

… Je suis persuadé que jamais je ne pourrai plus vous rencontrer…

Un brave homme, le lieutenant Bucherie. Je n’avais pas besoin de ses souhaits ni de ses quelques mots de sympathie pour me sentir bouleversé. Tout ce que j’abandonne ici, dans cette ville étrangère, dans ce camp exotique, mes regrets, le dépaysement promis, l’inconnu d’un départ, cette émotion qui ne me quitte pas et que j’enferme derrière la barrière de mes lèvres bien serrées, ne vais-je pas déposer tout cela, en partie, du moins, mais déjà dénaturé, dans cette lettre d’adieu à Mercédès, que je termine très vite, sans heurts ni ratures parce que le temps presse et que le pétrole descend dans la petite lampe réglementaire ?…

II
MERCÉDÈS