Sur l’horizon une ligne rouge. Au loin, la mer est mate, noire. Des moutons rentrent… Mais pourquoi s’attarder sur ces déprimants crépuscules africains ? Le soleil descend au fond de l’oasis, derrière deux hauts palmiers que sa couleur fait disparaître. De longues traînes roses, puis la palmeraie devient bleue. La rue est paisible. Trois officiers se promènent. La lune va se lever sur la mer et la glacer d’un reflet brillant, c’est bien certain. Nous sortons, Maurice Thuaire et moi. Le brigadier de spahis, avec son visage imberbe, son air jeune et blond se présente pour nous conduire, le temps de prendre son manteau et sa cravache.

Où aller ? Le village est noir, si calme. Il n’y a qu’un endroit où l’on danse… On paye soixante-dix centimes à la porte. Cela donne droit à une consommation. Un noir, très digne, dans son burnous surveille l’entrée et l’intérieur. Il reçoit aussi notre monnaie.

C’est une maison avec cour intérieure. Sur un banc de pierre, contre le mur, une personne aux joues de carmin, à la chevelure tombante, montre des jambes de gamine.

— C’est Mireille ! nous avertit le brigadier qui nous présente.

Mireille nous regarde en dessous et ne se dérange pas. Elle boude, ou bien elle attend quelqu’un qui ne vient pas.

Mais une grande femme, épaisse et brune, nous reçoit avec de gros rires. Les présentations continuent :

— Carmen ! On l’appelle aussi Angèle. C’est une Espagnole.

Carmen traîne sur les r et, familière, interpelle tout le monde, en français, en arabe, en italien… Elle ferait un interprète étonnant. Mais elle a un autre métier.

— Qu’est-ce que ces messieurs prennent pour leur rhume ?

Angèle sait déjà, je ne sais pas comment, que Thuaire a été infirmier. Elle s’informe :