— Vous la connaissez ? me demande Thuaire.
La voix d’Angèle glapit, bousculant un soldat trop pressé :
— Alors, ça y est ! Tu me crois la femme à tout le monde !…
— Gâtouse et Mireille sont deux moukères, Mignon et Béatrice, italiennes ou maltaises, Carmen est espagnole. On ne tolère pas les Françaises ici, nous explique le brigadier de spahis qui a vu notre attention fixée sur Gâtouse.
Cependant, la boudeuse Mireille est restée près de la porte d’entrée. Le violon recommence sa ritournelle à sanglots qu’accompagne l’accordéon. Les territoriaux font cavaliers seuls et Angèle l’Espagnole crie de sa voix déplaisante, dans la cour obscure, à l’adresse de Mireille qui est dispensée de tout service, mais non pas de la danse :
— Allons ! dans la salle, s’il vous plaît.
La « mama » aux cheveux tirés approuve bruyamment. Gâtouse rit sans rien dire et se laisse emporter par un petit zouave qu’elle dépasse de toute sa tête ébouriffée. Quand le hasard de la valse la ramène près de ma table, je surprends son regard, et nos yeux inquisiteurs se cherchent.
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LA PAGE A TRADUIRE
La dame indigène rencontrée dans le train en allant de Tunis à Gabès, celle qui était de passage à Médenine, où je l’ai du reste à peine aperçue et celle qui, à Zarzis, se présente sous le nom de Gâtouse, c’est une même personne.
De cette découverte, j’en ai parlé à Maurice Thuaire.