— Avant dix heures et demie ?

— Bien entendu.

— Tu ressortiras après, si tu veux…

— Merci. J’y pensais…

Je suis allé à Oran, mais je n’ai pas trouvé Mercédès. Sa logeuse espagnole, dans la petite ruelle montante où elle habite, près de la mosquée du Pacha, m’a rassuré dans un sabir guttural :

— On est vénou la prendre pour le cinéma.

— Quel cinéma ?

— Oune grandé cinéma.

J’ai rôdé dans cette ville de montagnes russes, à travers les nouveaux quartiers, non loin de la promenade de Létang, où l’on bâtit en hâte des banques, des salles de spectacles, des hôpitaux, des écoles et des hôtels-métropoles. Peine perdue. Mercédès se soucie bien d’un rendez-vous ! Bon, je reviendrai l’attendre à onze heures et demie, lorsque la foule encombre le boulevard Seguin…

Ou bien, j’irai chez elle… Ou bien je n’irai pas… Et déjà je me promettais de ne pas essayer de revoir Mercédès puisqu’elle oubliait nos rendez-vous… On a quelque amour-propre, certes… Je pensais à toutes ces résolutions en revenant sur la route d’Eckmuhl lorsque je rencontrai Wassermann…