A Jules Troubat.

Médan, 1er septembre 1879.

Cher Monsieur,

C'est moi qui vous devais des excuses pour ne pas vous avoir remercié de l'envoi des Chroniques parisiennes[32].

Comme je vis beaucoup à la campagne, on entasse chez moi, à Paris, tous les livres qui arrivent. J'ai été surpris et contrarié, en prenant dernièrement dans le tas les Chroniques, d'en voir tomber votre carte; j'avais cru à un envoi de l'éditeur. Et j'ai parlé alors du livre, bien en retard, pour vous dire merci.

Maintenant, voilà encore que je suis votre obligé, après votre bonne lettre. Nous ne serions pas loin de nous entendre. Il ne s'agit point de dire absolument tout dans la critique; il s'agit de dire la vérité, et la vérité n'exige pas les indiscrétions grossières et inutiles. D'ailleurs, on peut toujours attendre que le sujet à disséquer soit bien mort, depuis des années, pour que lui ni ses proches ne puissent se plaindre. Tout cela est une affaire de tact. La figure de Sainte-Beuve me tourmente beaucoup; je n'ai malheureusement pas tous les éléments nécessaires; puis, je ne suis qu'un critique de combat, qui déblaie sa route devant lui, puisqu'il n'y a personne pour la déblayer. Autrement, ma grosse besogne n'est pas là, et je ne dispose pas du temps que réclamerait l'étude des documents, ce qui explique l'insuffisance de mes articles, bâclés au milieu de la bataille, pour les besoins de la tactique et en vue de la victoire. Ce qu'il nous faudrait, ce serait un critique qui ne ferait que de la critique, avec passion.

Merci encore, cher Monsieur, et croyez-moi votre bien dévoué.


[Au même.]