Je fais mes trois petites pages par jour, ce qui est mon train-train habituel. Si je vais passer à la mer les mois d'août et de septembre, je tâcherai d'abattre de la besogne. Et vous, vous voilà réduit au séjour de la campagne, que vous n'aimez guère, je crois. Le déplacement sera ennuyeux, mais vous travaillerez mieux peut-être. Rien de nouveau, d'ailleurs. Je trouve l'été mélancolique, voici pour moi la saison noire.
Merci encore. Toutes les amitiés de ma femme et de votre bien affectueux.
A Édouard Rod.
Grand-Camp, 24 août 1881.
Mon cher Rod,
Vous me posez une question à laquelle il m'est bien difficile de répondre. Je n'ai ici aucune nouvelle de Daudet. Sans doute, comme chaque année aux vacances, il doit être parti pour un court voyage. Je doute donc que vous le trouviez à Paris. Ce que vous avez de mieux à faire, ce serait de lui écrire 3, avenue de l'Observatoire: la lettre le suivrait toujours.
Vous voilà donc dans la bataille. Dois-je en avoir des remords, puisque vous y êtes un peu par ma faute[38]? Enfin, travaillez bien: quand vous aurez beaucoup de talent, vous aurez tout à fait raison.
Ma femme est toujours assez mal portante. Moi, je travaille bien. Je n'ai plus que trois articles à faire pour Le Figaro[39], et c'est une grande joie. Au demeurant, nous ne savons si nous resterons ici jusqu'au 15 septembre ou jusqu'au 1er octobre. Le temps est très froid, il pleut presque continuellement.
A bientôt, n'est-ce pas? Écrivez-moi. En tout cas, je vous ferai connaître notre retour. Puis, si j'oubliais, ne vous gênez pas pour tomber chez nous.