A Henry Céard.
Grand-Camp, 24 août 1881.
Mon cher Céard,
Merci de votre dépêche. Je viens de terminer l'article et je le crois assez gai. J'ai eu raison d'attendre, l'aventure est devenue plus drôle.
Ma femme va cahin-caha, mieux un jour, pis le lendemain. Je veux pourtant m'entêter ici le plus possible, espérant toujours. Cependant, si les temps froids continuaient, il serait possible que nous retournions à Médan vers le 15 septembre.
Je travaille toujours dans un bon équilibre. Mon roman n'est décidément qu'une besogne de précision et de netteté. Aucun air de bravoure, pas le moindre régal lyrique. Je n'y goûte pas de chaudes satisfactions, mais il m'amuse comme une mécanique aux mille rouages dont il s'agit de régler la marche avec un soin méticuleux. Je me pose cette question: quand on croit avoir la passion, est-ce bien adroit de la refuser ou même de la contenir? Si un de mes livres reste, ce sera à coup sûr le plus passionné. Enfin, il faut bien varier sa note et essayer de tout. Tout ceci est simplement histoire de s'éplucher le cerveau; car, je le répète, je suis très satisfait de Pot-Bouille, que j'appelle: mon Éducation sentimentale.
Et vous, êtes-vous aussi un producteur bien portant? J'attends votre roman avec beaucoup d'impatience. Vous savez que je n'aime guère plus la Vie involontaire que la Vie réflexe.
Nos compliments chez vous et bien affectueusement.