Merci de votre bonne lettre. Je suis rentré ici, où je vais m'enfermer tout l'hiver pour terminer un roman. J'ai quitté la presse et j'espère n'y point rentrer. Dans les derniers temps, j'ai senti que je m'encanaillais. En somme, je me suis assez battu, que d'autres me remplacent. Moi, je vais tâcher de créer.

Vous remarquerez que j'ai enlevé l'histoire contée par Mme Colet[41], non que je la juge absolument fausse, mais parce qu'il suffit que vous me l'ayez signalée comme telle.

Vous êtes bien aimable de causer ainsi avec moi, et j'ai beaucoup regretté l'inertie de Charpentier. C'est sa tactique. Vous avez bien fait de reprendre votre article, car je craignais fort qu'il ne passât jamais. Je suis sans force, surtout dans les choses qui me concernent.

Merci encore, et bien à vous.


A J.-K. Huysmans.

Médan, 27 janvier 1882.

Mon cher ami,

J'ai lu A vau-l'eau, le soir même du jour où je l'ai reçu, et je voulais vous écrire tout de suite: mais je suis si bousculé en ce moment, que vous m'excuserez, n'est-ce pas?

C'est une étude bien curieuse et bien intense. Je regrette peut-être un peu qu'il y ait là une répétition de certaines pages de En ménage, élargie il est vrai. Seulement, l'unité, je dirai même le parti pris du sujet, lui donne une acuité toute particulière. Cela est d'une abominable cruauté dans la mélancolie.