Et que de jolis coins: les cochers mangeant, la table d'hôte, le restaurant discret de la Croix-Rouge; sans parler de l'accouplement désespéré de la fin, qui est d'un effet énorme.

Tous mes remerciements et tous mes compliments. Vous avez une originalité qui s'affirme. Faites des livres, vous verrez la grande place que vous tiendrez.

Affectueusement à vous.


A de Cyon.

Médan, 29 janvier 1882.

Mon cher Directeur,

Vous me demandez mon opinion, au sujet du procès que nous intente M. Duverdy, avocat à la Cour d'appel, pour nous forcer à changer, dans le roman que j'ai écrit et que vous publiez, le nom de «Duverdy» donné par moi à un de mes personnages.

Mon opinion est que nous devons nous laisser faire ce procès. Et voici quelles sont mes raisons.

J'ai déjà publié une quinzaine de romans. A trente personnages pour chacun, cela fait plus de quatre cents noms qu'il m'a fallu prendre dans les milieux où ces personnages vivaient, afin de compléter par la réalité du nom la réalité de la physionomie. Aussi les réclamations n'ont-elles pas manqué, dès mes premiers livres. Mais elles furent surtout nombreuses au moment de L'Assommoir et de Nana. Jusqu'à présent, j'ai tâché de me tirer comme j'ai pu de cet embarras sans cesse croissant. Quand les gens se sont obstinés, j'ai changé une syllabe, une lettre. Le plus souvent, j'ai été assez heureux pour leur prouver que leur honneur n'était nullement en cause. Ainsi, un Steiner a bien voulu accepter mes explications; un Muffat, qui se croyait seul du nom, s'est contenté de savoir qu'il existait des Muffat dans plusieurs départements; ce sont là des hommes d'intelligence. Seulement, comme on le voit, les réclamations continuent de pleuvoir, mes ennemis augmentent à chaque œuvre nouvelle, et il me semble que le moment est venu de faire établir nettement quels sont, en la matière, les droits des romanciers.