Merci donc, et pour le passé et pour le présent: vous êtes un de mes vieux défenseurs. Votre nouveau plaidoyer m'a beaucoup touché, car vous tâchez de faire un peu de vérité sur l'homme en moi, qui est en effet bien mal connu. Je n'accepte pas tous vos éloges, mais vous avez raison, je me crois au moins un brave homme, et c'est la seule «réclame» que je voudrais répandre.

Merci encore, et bien à vous.


A J.-K. Huysmans.

Médan, 10 mai 1883.

J'achève votre Art moderne, mon cher Huysmans, et je veux vous dire les bonnes heures que vous venez de me faire passer.

Je crois bien que, sur les opinions, nous ne nous entendrions pas toujours ensemble. Je n'en suis pas à jeter Courbet aux démolitions et à proclamer Degas le plus grand artiste moderne. Plus je vais et plus je me détache des coins d'observation simplement curieux, plus j'ai l'amour des grands créateurs abondants qui apportent un monde. Je connais beaucoup Degas, et depuis longtemps. Ce n'est qu'un constipé du plus joli talent.

Mais ce qui me fait du bien, dans votre livre, ce qui m'a ravi et ce dont je vous remercie comme d'une amabilité personnelle, c'est votre haine furibonde de la sottise, c'est votre campagne sans pitié contre le faux et le bête. Soyez sûr que votre livre restera par cette belle indignation. Vous nous avez tous soulagés.

Rien, ici; je travaille, j'ai déjà abattu le premier chapitre de mon bouquin. Le printemps était d'une douceur charmante, mais voici la pluie, et tout se gâte.

Bonne santé, bon travail, et bien affectueusement à vous.