A Gustave Geffroy.
Médan, 30 juin 1883.
Certes, oui, mon cher confrère, on va commettre une douloureuse injustice, et je comprends que tous les cœurs littéraires battent d'indignation[43]. Mais que faire contre la bêtise d'une ville et la mauvaise foi d'une coterie? Si je prenais la parole, comme vous m'y invitez, on crierait encore que je bats la grosse caisse pour mon compte sur les épaules de Balzac. Je suis réduit à l'impuissance. C'est à vous, les jeunes, de protester. Et puis, la punition est dans cette statue de Dumas qui pèsera lourd, au vingtième siècle, sur la conscience de Paris.
Cordialement à vous.
A Henry Céard.
Bénodet (Finistère), 1er juillet 1883.
Mon cher Céard,
Arrivée tragique que la nôtre. D'abord un voyage extrêmement fatigant, vingt-quatre heures à traîner dans les wagons, dans les voitures, dans les hôtels. Puis, en débarquant enfin, la déception de ne pas trouver la mer sous nos fenêtres, mais seulement un bras de mer, quelque chose qui ressemble à Charentonneau, avec une Seine géante. Nous étions atterrés.
Voici huit jours de cela, et notre impression a bien changé. Le pays est superbe, d'une sauvagerie inquiétante. A quinze minutes, nous avons une plage de sable d'une lieue, du sable à perte de vue, sans une pierre. Et une mer formidable. Ajoutez que notre isolement est absolu, il faut aller chercher les provisions et la correspondance en barque, comme si nous étions dans une île. Vous savez que je travaille partout, eh bien! l'air est tellement autre ici, que je ne sens plus mes phrases d'aplomb.