Je vous attends. Si vous prenez un laissez-passer, demandez-le pour Brest, et vous bifurquerez ensuite sur Quimper. Pouvez-vous me fixer dès maintenant l'époque de votre arrivée, car j'ai envie de vous attendre pour faire la grande excursion que je médite à la pointe du Raz.
Toutes nos vives amitiés, à vous et à votre famille.
Au même.
Bénodet, 4 septembre 1883.
Merci, mon bon ami, de la pensée qui vous a fait m'envoyer une dépêche pour m'annoncer la mort de notre brave Tourguéneff. Mais que faire? Il m'est difficile de partir d'ici sur-le-champ; peut-être même arriverais-je trop tard. Puis, je ne connais aucune des personnes qui sont à Bougival, ni les parents, ni les amis, à ce point qu'il ne m'est pas même permis d'envoyer une lettre de regret. Je viens bien de songer à écrire quelques lignes d'adieu, que j'aurais données au Figaro ou au Gil Blas, mais j'ai peur qu'on ne comprenne pas cet adieu public. Ce que je regrette, c'est de ne pas collaborer en ce moment à un journal d'une façon régulière, car il serait tout naturel alors que je vide mon cœur dans mon prochain article.
Comme je vous l'ai télégraphié, je pense que je dois attendre. L'occasion se présentera sans doute un jour; je dirai combien j'ai aimé Tourguéneff et toute la reconnaissance que je lui garde pour ses bons services en Russie. Je crois qu'il avait de l'affection pour moi, je perds un ami, et la perte est grande.
Affectueusement à vous.