Médan, 10 octobre 1883.
Mon cher Céard,
Cela me fera très grand plaisir, de vous voir et de voir Thénard. Mais ne pouvez-vous pas remettre votre visite à la semaine prochaine, le vendredi ou le samedi, ou encore le dimanche, si cela vous est plus commode personnellement?
Imaginez-vous que je veille chaque soir jusqu'à deux heures du matin pour mettre sur pied les trois premiers actes de Pot-Bouille, que j'ai formellement promis de donner à l'Ambigu dans dix jours. J'ai un mal de chien, je vous expliquerai cela. Et, comme je ne veux pas lâcher mon roman le matin, de façon à m'en débarrasser et à rentrer à Paris, je travaille à la pièce le soir, ce qui me prend mes journées entières. Ce n'est d'ailleurs que le coup de collier d'un moment.
Si Thénard avait besoin de sa lettre pour Marpon tout de suite, je pourrais la lui envoyer. Elle n'aurait qu'à me dire dans quel sens je dois l'écrire. Mais je pense que huit jours de retard ne la gêneront pas. Vous m'avertirez du jour de votre visite, et vous dînerez avec nous, n'est-ce pas?
Excusez-moi et faites des vœux pour me retrouver avec tout mon bon sens. Je suis dans le caca jusqu'au cou.
Cordialement.
A Gustave Geffroy.
Médan, 10 novembre 1883.