A Édouard Rod.
Paris, 16 mars 1884.
Merci, mon bon ami, de votre excellent article du Fanfulla, que j'avais lu avant de recevoir le numéro envoyé par vous. Mon orgueil, si j'en avais, y trouverait trop de fleurs, et pourtant j'aurais discuté volontiers vos restrictions sur Lazare[47], si je vous avais tenu là. Jamais de la vie je n'ai voulu en faire un métaphysicien, un parfait disciple de Schopenhauer, car cette espèce n'existe pas en France. Je dis au contraire que Lazare a «mal digéré» la doctrine, qu'il est un produit des idées pessimistes telles qu'elles circulent chez nous. J'ai pris le type le plus commun, pourquoi voulez-vous que je me sois lancé dans l'exception en construisant de toutes pièces le philosophe allemand selon votre cœur? Nous en recauserons du reste.
Votre article, je le répète, ne m'en est pas moins allé au cœur, et merci encore, merci toujours.—Si vous venez le mois prochain, ce n'est pas à Paris que vous nous verrez, mais à Médan, si votre congé vous le permet. J'ai tous mes documents pour un roman socialiste[48] et je vais m'enfermer aux champs dès la fin de la semaine.—Rien de nouveau, du reste. J'ai donné votre adresse à Huysmans qui vous enverra prochainement A Rebours. Les autres camarades vont bien, mais me paraissent travailler sans grand enthousiasme. Il faut que vous nous reveniez avec un beau roman, puisque vous êtes si libre et si tranquille.
Ma femme répondra prochainement à la vôtre, à laquelle, en attendant, nous envoyons nos bien vives amitiés.
Bonne Angleterre et bon travail, mon cher ami, et cordialement à vous.
Envoyez-moi votre nouvelle adresse, le mois prochain.